Agir sur les relations pour agir sur le comportement du chien.

L’approche systémique

Dans l’approche systémique, le sujet n’est ni le point de départ ni le point d’arrivée. Le chien m’importe moins que son espace vital. Il s’agit plutôt d’une perspective sociologique. Il est nécessaire de prendre de la hauteur et d’élargir les champs, notamment celui du questionnement et du vocabulaire.

Dans l’étude canine par exemple, il convient de ne plus se satisfaire de conclusions fermées telles que : Zoé est une chienne réactive ou Sultan un chien mordeur. Les conclusions courtes de ce type ramènent d’emblée à une analyse du sujet. Or, le plus souvent c’est le contexte qui explique la morsure plus que l’état du sujet lui-même.

Vous pouvez être calme et d’un naturel sociable, votre comportement va se modifier très vite si vous êtes menacé. Si vous êtes impliqué dans une dispute qui tourne aux poings et qu’une personne bienveillante vous retient le bras, vous allez peut-être vous retourner contre elle, car elle vous met en danger. C’est la même chose pour un chien. Pour finir, si vous blessez sérieusement votre agresseur, vous allez de toute façon être auditionné par la police. Croyez-vous que vous serez serein à l’audition, sachant que vous êtes quasiment considéré comme violent alors que vous êtes la victime ? Mettez-vous à la place du chien qui a mordu un enfant qui le tapait avec son jouet. Sera-t-il détendu dans le cabinet vétérinaire, muselière sur le nez, et cerné de phéromones négatives ? Déroulons le scénario : que le chien soit classé mordeur ou non, les parents vont abandonner le chien dans un refuge pour éviter tout nouvel accident. Pensez-vous qu’ils expliqueront toute l’affaire en incriminant leur enfant, ou bien vont-ils charger le chien et l’estampiller mordeur ?

Vous le voyez, la réduction au plus petit élément masque toujours une réalité autre. Il faut questionner en tout sens et ne pas se laisser enfermer dans un discours réducteur.

Qui ce chien a-t-il mordu ? Peut-on décrire le comportement de la victime juste avant la morsure ? Était-ce la première fois ? Quand est-ce arrivé ? Où ? Comment était-il avant l’arrivée du sujet mordu ? Quelles furent leurs interactions ? Etc.

Pour aller plus loin :

Laissez-moi illustrer une dernière fois mon propos. Un enfant qui s’est battu six fois en un an à l’école est un enfant bagarreur. Ça, c’est la vision fermée. Mais si notre questionnement révèle une moquerie permanente de son physique par ses camarades, l’enfant apparaît alors comme une victime qui se défend. On arguera qu’il ne se défend pas de la bonne façon. Certes, mais en agrandissant le cercle des responsabilités, on découvrira que les encadrants n’ont pas pris en compte ses premières plaintes. Il est crucial d’effectuer un travelling arrière dès que possible pour faire apparaître d’autres acteurs et surtout des liens insoupçonnés entre le chien et son entourage.

Cessons d’étiqueter les chiens.